Frankie Addams se passe en pleine canicule. J'adore cette atmosphère de moiteur pesante, de vacances pour les uns, de désespoir de rester pour les autres. Ce livre, c'est l'entrée en adolescence et l'envie de vivre intensément, de toucher à tout, avec cette appréhension qu'on aimerait tous dégager au fond de nous-même. Carson McCullers se souvient de comment pense un enfant, et je ne sais pas comment elle a réussi. J'ai oublié mes rêves d'enfant et mes modes de pensée de l'époque, la seule chose dont je me rappelle, c'est que je ne voulais pas oublier, je me disais : je me souviendrai toujours de ce que cette injustice fait, concernant le jugement d'un adulte qui me déplaisait, afin de ne pas les reproduire plus tard.
Eh bien, j'ai tout oublié, mais Carson se souvient précisément.
Bien sûr, je suis obligée de parler de Judith Hermann dont le talent m'a planté un couteau dans le cœur. Une histoire, un pays, un personnage ou un couple, d'amis ou d'amants, à la recherche du plaisir de vivre, en plein désarroi, en proie à la solitude, à la nostalgie des souvenirs, à l'instant présent qui est déjà passé...
Judith Hermann a bien ri quand elle a visité après coup les pays choisis. "J'étais à des kilomètres de l'ambiance réelle.". Cette ambiance qui m'a imprégnée, ces tranches de vie volées à des personnages fictifs, me semblant plus tangible que ce qui se passe autour de moi chaque jour... Est-ce qu'un livre nous fait facilement cet effet ? Non, je ne crois pas, Judith Hermann est plus qu'une plume agile, c'est avant tout l'intensité d'une sensibilité mature.



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